Coup de projecteur sur la pollution en Afrique

Les activités anthropiques en Afrique contribuent de façon importante à la pollution atmosphérique. Pourtant, jusqu’à présent, il n’y avait pas de données précises quant aux émissions polluantes pays par pays. Pour pallier ce déficit d’information, une équipe franco-ivoirienne pilotée par le Laboratoire d’Aérologie (CNRS/Université Toulouse 3), a développé des cartes d’émissions polluantes de l’Afrique pour l’année 2005 et fait une estimation pour 2030 en s’appuyant sur trois scénarios. Les chercheurs ont ainsi montré que les modèles de changement climatique sur lesquels s’appuient les experts du GIEC sous-estiment les émissions polluantes africaines à l’horizon 2030. Celles-ci pourraient alors contribuer pour 20 à 55 % des émissions globales anthropiques des polluants gazeux et particulaires. Ces travaux, publiés le XX février dansEnvironment Research Letters, serviront à améliorer ces modèles climatiques, mais aussi à évaluer les impacts sur la santé de la pollution dans les zones urbaines d’Afrique.

Les inventaires d’émissions des polluants dans l’air sont un passage obligé pour mesurer l’impact de la pollution sur la qualité de l’air et le climat. Ces données alimentent en effet les modèles atmosphériques et climatiques, et permettent de faire des projections sur le futur. Les inventaires régionaux sont très précis pour l’Europe, l’Asie, ou l’Amérique du Nord. En revanche, jusqu’à présent, pour l’Afrique on ne disposait que d’inventaires globaux. C’est pour répondre à ce déficit d’information que les chercheurs ont développé des cartes d’émissions anthropiques pour l’année 2005 pour l’ensemble des pays africains. Pour cela, ils se sont appuyés sur des données diverses : questionnaires de la consommation de fuels soumis aux autorités de différents pays, enquêtes de terrain, résultats de programmes de recherche tels que AMMA (programme sur la mousson ouest-africaine) et POLCA (programme sur la pollution des capitales africaines).

Les chercheurs ont également pris en compte des sources d’émission de gaz et de particules particulièrement polluantes en Afrique : d’une part les véhicules à deux roues, les vieilles voitures et les vieux camions dans les villes, et d’autre part, la fabrication de charbon de bois pour la cuisine.

Aujourd’hui, l’ensemble des sources d’émission anthropique représentent, selon les particules ou les gaz considérés (carbone suie, carbone organique, dioxyde de soufre, dioxyde d’azote, monoxyde de carbone…) entre 5 et 20% de la pollution mondiale. La contribution de l’Afrique au changement climatique ne peut donc être négligée.

A partir de ces inventaires, les chercheurs ont estimé les émissions polluantes africaines en 2030 à partir de trois scénarios. Les deux premiers sont ceux du modèle économique POLES, scénarios de référence décrivant soit un monde sans politique environnementale, soit un monde incluant les mesures du protocole de Kyoto. Les chercheurs ont construit un troisième scénario incluant des réductions d’émissions spécifiques. L’un des résultats est qu’en l’absence de toute mesure de régulation efficace, le continent pourrait contribuer pour 20 à 55 % des émissions globales anthropiques des polluants gazeux et particulaires à l’horizon 2030. Ces chiffres sont nettement au dessus des estimations sur lesquels se basent les modèles de changement climatique.

Ces travaux vont permettre d’améliorer ces modèles. En effet, ces données seront utilisées dans les futures publications du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Les chercheurs pensent aussi utiliser ces inventaires d’émissions polluantes pour mieux évaluer leur impact sur la santé des populations urbaines d’Afrique. Les chercheurs espèrent que ces travaux aideront les décideurs africains à faire des choix sur le parc véhiculaire et les combustibles utilisés afin d’améliorer la qualité de l’air.

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Emissions de particules de carbone organique en 2005 et 2030 pour différents scénarios, obtenus dans le cadre de ce travail et pour les inventaires d’émissions globaux internationaux, RCP (Lamarque et al. 2010) et ECL (Klimont et al. 2013)

Contact chercheur : Cathy Liousse, Laboratoire d’Aérologie (Université Toulouse 3, CNRS)

Cathy.liousse@aero.obs-mip.fr

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